
Le fonds Emmanuel Robles à l'université Paul Valéry de Montpellier depuis 1995 regroupe les oeuvres de l'écrivain, ainsi que sa bibliothèque personnelle. Pour mieux comprendre le contenu et l'histoire de ce fonds, voici une interview de Guy Dugas, professeur de littérature comparée à Montpellier III et responsable de ce fonds. Pour toute question complémentaire ou contact avec le fonds, veuillez vous référer au bas de cette page.
Je connaissais Robles depuis les années 80, en liaison avec le Fonds
Littéraire Méditerranéen de Marseille où sont conservés
beaucoup de documents concernant J. Amrouche, A. Guibert, Jules Roy, J. Sénac...
Robles avait émis le voeu de déposer sa bibliothèque, mais
il ne savait pas où ce serait possible. Les Universités intéressent
énormément les écrivains pour les dépôts,
non seulement de leur bibliothèque, mais également de leurs archives
: tout écrivain souhaite que son oeuvre soit lue mais fasse aussi l'objet
de travaux de recherche. En revanche, les bibliothèques universitaires
sont moins enthousiastes par manque de place et de personnel.
Robles et moi avions beaucoup discuté, notamment de son fonds, de ses archives. Au moment de sa disparition, sa fille Jacqueline Macek s'est adressée à moi pour me demander de trouver un endroit susceptible d'accueillir la bibliothèque, les archives étant prises par l'IMEC (Institut Mémoire de l'Edition Contemporaine).
Il aurait été intéressant de déposer ce fonds Robles à Paris IV, au Centre des Etudes Francophones, où se trouve déjà le fonds Jacqueline Arnaud, mais il n'y avait pas de place. Nous avons alors pensé à Montpellier qui entend se donner depuis plusieurs années une vocation méditerranéenne et il me semble cohérent que des oeuvres d'auteurs hispanistes (plus de la moitié de la bibliothèque de Robles est en langue espagnole) se trouvent à l'université Paul Valéry, dans cette ville dont on vente les liens avec la Catalogne et l'Espagne.
Ce fonds comporte plus d'un millier d'ouvrages : 600 ou 700 en langue espagnole
(langue hispanique et latino-américaine); 250 ou 300, déjà
inventoriés, d'écrivains maghrébins liés à
Robles : Feraoun, Dib, Nabile Farès et même des écrivains publiés
sur place, de jeunes écrivains algériens dont la notoriété
n'a pas dépassé les limites de l'Algérie et qui envoyaient
leurs ouvrages à Robles, soit dans l'espoir d'être édités
au Seuil, comme cela s'est fait pour Feraoun avec Le fils du pauvre,
et plus tard pour Tahar Djaout, soit peut-être dans l'espoir d'être remarqués
par un Goncourt. Il y a donc quantité d'ouvrages rarissimes, de petites
plaquettes qui n'ont rien à voir avec le Seuil. Paradoxalement, c'est
sur les oeuvres de Robles lui-même qu'il nous manque le plus de références.
Je suis entré en relation avec Louis Gardel aux éditions du Seuil,
et celles-ci nous ont promis de compléter, gracieusement, chaque fois
qu'il leur était possible, ce qui manque de Robles ou de la collection
"Méditerranée".
Par ailleurs nous, c'est à dire Jacqueline Macek, moi-même, la section
Lettres de la Bibliothèque Universitaire et le Centre d'Etude du XXe,
sous la responsabilité duquel est installé ce legs Robles, nous
voulons que ce fonds soit vivant comme l'est déjà le fonds Cocteau,
également rattaché à ce Centre d'Etude sus la responsabilité
de P. Caizergues. Nous cherchons donc à faire des acquisitions, par exemple
par le biais d'un réseau de bouquinistes, non seulement sur Robles, mais
aussi sur les littératures maghrébine, espagnole et latino-américaine.
Personnellement, j'ai fait un premier geste en ce sens en me libérant
de plusieurs dizaines d'ouvrages des éditions Charlot. Je pense d'ailleurs
que le fonds Charlot a vocation à intégrer l'université
de Montpellier, d'abord parce que Charlot est notre voisin depuis pas mal de
temps, à Pézenas, et puis parce qu'il y a là aussi une
certaine cohérence de Charlot à Camus, de Camus à Robles,
de Robles à Audisio ou Moussy... Il y a là toute une galaxie,
qu'il me paraît tout à fait logique de rassembler en un même point qui
pourrait être Montpellier, si cette université veut s'en occuper et s'en
donner les moyens.
Ce fonds Robles, déposé à la section Lettres de la Bibliothèque Universitaire sera accessible dans les mêmes conditions que le fonds Cocteau au plus large public possible. Les ouvrages qui ne sont pas d'une grande rareté peuvent être soumis au prêt, voire au prêt inter-universitaire. S'il y a rareté, le prêt sera réservé sur place. Le catalogue (en cours d'élaboration) tiendra compte de tout le paratexte : mention de dédicaces, manuscrits, papiers, illustrations intégrées à l'ouvrage. Dans les fonds spéciaux, nous considérons ces éléments comme aussi importants, sinon plus, que l'ouvrage lui-même. Ajoutons que le fonds est d'ores et déjà accessible sur Internet à l'adresse ci-dessous.
Les étudiants ne connaissent strictement rien de la littérature du Maghreb, à part deux ou trois grands noms, ce qui conduit à cette triste constatation que les thèses se font toujours sur les mêmes sujets et les mêmes auteurs : Chraïbi, Ben Jelloun, Boudjedra... Mais que sait-on des conditions d'émergence, de publication de cette littérature, des collaborations au sein de revues et de maisons d'édition locales ? Il faut un gros travail d'information, je pense que ce fonds Robles, venant s'ajouter à ce qui est déjà disponible à Marseille (Fonds Littéraire Méditerranéen) et à Aix-en-Provence (fonds Déjeux), devrait devenir l'instrument d'une rénovation dans les études et la recherche sur la littérature maghrébine, au moins dans nos régions et les universités qui en dépendent.